Ces têtes carrées qu’on aime

Quand j’étais très jeune, on entendait parfois après un repas l’expression « Encore un que les Anglais n’auront pas ». De tout temps, la méfiance, quand ce n’était pas tout simplement de l’hostilité, à l’endroit des « Anglais » a été de mise. Cela s’explique bien entendu par la Conquête d’abord, mais aussi par les affres que durent subir par la suite les descendants des Français, qu’on appelait, selon le cas ou selon les époques, Canayens, Canadiens français, Acadiens ou Québécois. Les vexations, les humiliations, les préjudices, les injustices, tout cela marque un peuple de façon indélébile. Et tout cela se poursuit aujourd’hui, quand on pense au sur-financement des institutions anglophones comme les hôpitaux et les universités, quand on songe aux politiques en matière linguistique – au nom des libertés individuelles – qui permettent que perdure le bilinguisme institutionnel alors que les statistiques démontrent pourtant une fragilisation en nette augmentation du français au Québec.